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Est-ce que le nucléaire émet du CO2 ?

Oui, contrairement aux idées fausses colportées par l’industrie nucléaire, la filière nucléaire prise dans son ensemble rejette des volumes de CO2 non négligeables, liés au cycle de vie des réacteurs, de leur combustible, et aussi à la nécessité de recourir à des centrales thermiques à flamme lors des pointes de consommation.


Il est vrai que le nucléaire n’émet pas de gaz carbonique lors du fonctionnement des réacteurs, si ce n’est par les générateurs de secours au fioul. Cependant, l’utilisation du nucléaire entraine des émissions qui ne peuvent être négligées. Celles-ci se retrouvent principalement à trois niveaux :

Le cycle de vie de la centrale

Tout d’abord, le chantier d’un réacteur nucléaire amène une dépense importante d’énergie (tunnels, excavations, etc.). Les matériaux et pièces du réacteur, leurs processus de fabrication, représentent également des émissions à répartir sur toute la durée de vie. Ainsi, les matériaux utilisés pour la construction d’un réacteur (notamment ciment et acier) émettent lors de leur production près d’un million de tonnes de CO2.

Le cycle du combustible

Le bilan du cycle du combustible dépend fortement de la concentration du minerai d’uranium. Sur la base du minerai moyen actuel (0,15 % d’uranium), cela représenterait 56 g de CO2/kWh, selon le chercheur Storm van Leewen 11. Au total, le bilan carbone intrinsèque du nucléaire n’a rien d’insignifiant, et peut même atteindre le tiers du carbone attribuable à une centrale au gaz 12. Pire, on tend maintenant à exploiter des minerais d’uranium beaucoup moins concentrés et inclus dans des matériaux durs, qui induisent des émissions de CO2 croissantes. Ainsi, à production nucléaire constante, les rejets de GES du nucléaire pourraient même dépasser au milieu du siècle ceux de la production avec du gaz.

Tous ces calculs sont bien entendu critiqués par l’industrie nucléaire et par EDF, qui affiche sur ses bilans un chiffre nettement plus bas de 11 g de CO2/kWh, similaire à celui de l’éolien. Mais ces bilans se basent sur des bilans électriques « franco-français » alors que l’extraction et la concentration du combustible se font à l’étranger (Niger, Canada, Australie). En outre, ils ne tiennent pas compte de l’absence de recyclage des matériaux des centrales nucléaires. L’entreposage et le traitement des déchets radioactifs demandent et demanderont, pour des millénaires, une dépense en énergie importante avec émissions inévitables de CO2. En tout état de cause, le bilan carbone du cycle du combustible n’est pas négligeable.

Les émissions induites dans le reste du système électrique

La faible modularité du nucléaire oblige à recourir à l’emploi des centrales thermiques à flamme pour répondre à la demande, que ce soit lors des pointes de consommation, en hiver, ou lors des arrêts des centrales, en été. En France, les pointes sont assurées par des importations d’électricité et par des centrales thermiques à vapeur fonctionnant au fioul lourd et au charbon. La demande d’électricité est en effet très variable entre l’hiver et l’été et comporte des « pics ». Il est donc absurde de vouloir assurer l’ensemble des besoins avec une ressource conçue pour fonctionner en régime à peu près constant sur l’ensemble de l’année. Le système français, le plus nucléarisé du monde, n’a donc pas éliminé le recours aux ressources fossiles. Celles-ci représentent tout de même environ 10 % du système électrique. A cause de la surcapacité nucléaire (voir fiche 3.1), ces centrales thermiques fonctionnent dans des conditions économiques et environnementales dégradées car le réseau en a juste besoin pour réguler sa puissance et faire face aux sautes de la demande. Enfin, une partie de l’approvisionnement de pointe est assurée par les importations de courant, notamment depuis l’Allemagne, ce qui aggrave encore le bilan carbone du système.

Au final, le nucléaire rejette bien plus de gaz à effet de serre par kWh produit que l’éolien ou l’hydraulique !


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